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A l'époque de Louis XIV : La santé

Dans cette catégorie :

- Le journal de santé de Louis XIV,

-La grande opération,

- L'eau sous Louis XIV,

- La santé du peuple,

- Les hôpitaux.

Sous Louis XIV, la médecine a peu évolué depuis l’antiquité. Elle est largement influencée par les théories anciennes et souvent hasardeuses. Jusqu'au XVIIIe siècle, on utilise toujours la théorie des quatre humeurs fondamentales : on estime que le corps humain est le reflet, à petite échelle, de l'univers, composé de quatre éléments (eau, terre, air, ). Pour soigner les maladies issues de déséquilibres des humeurs, les médecins prescrivent des traitements et des remèdes peu nombreux : diète, , purges (utilisation du clystère), vomitifs, tisanes et potions diverses, cures thermales. Les interventions chirurgicales sont rares et pratiquées par les chirurgiens qui ne sont pas médecins.

Préserver la santé du roi est évidemment la fonction majeure du personnel médical attaché à son service, qui comporte, en 1698, 35 personnes : médecins, chirurgiens, apothicaires, dont le premier médecin assume le rôle prééminent. 

  •  Le journal de santé de Louis XIV :

Rédigé de 1652 à 1711 par les trois premiers médecins successifs du Roi-Soleil, Antoine Vallot, Antoine d'Aquin, on y retrouve toutes ses maladies, tous les « soins » apportés. Louis XIV n’a que 20 ans en 1658 lorsqu’il est atteint d’une maladie sans doute une fièvre typhoïde qui, durant quelques jours, fait craindre le pire. Il s’en sortira mais perdra, suite aux traitements, … ses cheveux.

Après 1686, rien n’est plus comme avant. Le roi, privé de dents, a souffert chroniquement de coliques néphrétiques, de vers solitaires, d’embarras gastriques, de fistules, de terribles crises de goutte dues à une nourriture surabondante et de diabète (cause de son décès). Il est dit que Louis XIV est devant la souffrance d’une robustesse et d’une force d’âme exceptionnelles.

  • La grande opération :

Février 1686 : à 48 ans, après avoir surmonté bien des maladies, Louis XIV affronte une nouvelle épreuve, aussi douloureuse qu'embarrassante ... Il s'agit d'une fistule anale, un abcès lié à l'infection d'une des glandes situées près de l'anus. Cette lésion devait être due à la pratique intensive de lavements effectués en introduisant dans l'anus un clystère. En effet, on ne maîtrise pas la stérilisation de cette seringue métallique.  Le roi ne peut bientôt plus monter à cheval, à du mal à marcher,  à s’asseoir … Tout est fait pour garder le secret sur la maladie du roi.

 Au XVIIème siècle, la médecine jouit d’un très grand prestige. Les médecins, beaux esprits, sommités de la Faculté, grands botanistes et grands chimistes, tiennent alors le haut du pavé malgré l’inefficacité relative des soins qu’ils prodiguent, essentiellement des saignées et des bouillons purgatifs. A l’inverse, les chirurgiens dont la fonction se confondait avec celle, peu prestigieuse, de barbier sont peu considérés. Ce sont des praticiens et non des savants, ils se limitent à « raser, saigner, accoucher ».

C’est le premier chirurgien du roi, Charles-François Félix qui va prendre l’affaire en main. Il propose d’inciser mécaniquement l’abcès. Il conçoit pour l’occasion un bistouri spécial, à lame recourbée, « à la royale » ! Félix joue sa carrière. Pour mettre toutes les chances de son côté, il se fait la main sur des cobayes humains  et mène des expériences in vivo : des indigents reclus à l'hôpital de Versailles sont réquisitionnés. On ne connaît pas le nombre de cobayes qui succomberont sous son bistouri. En revanche, on sait, d'après Hébert, le curé de Versailles, que les morts étaient enterrés à l'aube, sans faire sonner les cloches, « afin que personne ne s'aperçût de ce qui se passait ».

C'est au matin du 18 novembre 1686, à Versailles, dans la chambre du roi, qu'a lieu l'intervention, en comité restreint. Elle ne dure pas moins de trois heures, bien évidemment sans anesthésie. Charles-François va opérer à vif le Roi Soleil. Traversin sous le ventre pour lui élever les fesses, jambes écartées, le roi s'en remet au chirurgien Félix, bistouri à la main, front trempé de sueur. En guise d'anesthésiques, des prières et peut-être du vin, bien que le roi ne soit pas porté sur la boisson. A-t-il crié ? Les mémorialistes n'en disent rien. Mais on lui prête ces paroles: « Est-ce fait, messieurs ? Achevez et ne me traitez pas en roi ; je veux guérir comme si j'étais un paysan. »

L’opération est un véritable succès et le roi se remet très vite. Le jour même, l’après-midi même, le roi préside son Conseil après une saignée. Le jour suivant, il reçoit des ambassadeurs. Au final, il faudra encore deux nouvelles opérations avant qu’à la Noël 1686, on puisse le considérer sorti d’affaire !

Félix est gratifié royalement de « la terre de Moulineaux » ainsi que d’une forte somme d’argent et change le statut de la chirurgie donnant du crédit à la corporation de Saint-Côme des chirurgiens face aux médecins de la Faculté. Ainsi, « les misères du prince ont fait du 18 novembre 1686 une sorte de tournant dans l’histoire de la chirurgie » en rehaussant de manière décisive le prestige de cette discipline.

Pour l’anecdote, on raconte qu’à la Cour, la fistule devient même la maladie à la mode : « il se trouva des gens assez fous, raconte Pierre Dionis, un chirurgien contemporain, non seulement pour tirer vanité d’avoir la même maladie, et d’être traités de la même manière que leur souverain, mais encore de solliciter les chirurgiens de les opérer sans avoir la fistule !».

Madame de Maintenon, l’épouse secrète du souverain, demandera à Lully de composer une chanson en l’honneur de son époux et pour son salut : reprenant un air latin, le compositeur du roi compose alors une chanson intitulée : « Grand Dieu sauve le roi ». Ce cantique qu’elle invite les demoiselles de l’école Saint Cyr à chanter pour la guérison du roi. Il est dit que le motet aurait tellement séduit Haendel en visite à Paris en 1714, que celui-ci l’aurait ramené dans ses valises en Angleterre et en aurait fait le « God Save the King » en l’honneur de Georges 1er, hymne actuel de nos voisins britanniques qui fait tout de même débat parmi les historiens. God save the Queen est l'un des hymnes les plus connus du monde. Cet hymne, qui  doit sa naissance à une blessure au postérieur de Louis XIV, a été demandé par une française, composé par un Italien et popularisé par un Allemand.

Anecdote funeste : Lully finalement, sera la victime unique et inattendue de la « grande opération ». En 1687, lors du Te Deum qu’il dirigeait en l’honneur de la guérison du roi, le bouillant maestro frappe le sol de toutes ses forces avec son bâton de direction... qui finit par écraser son gros orteil. Après une gangrène galopante, Lully rendra son dernier soupir le 22 mars 1687.

  • L’eau sous Louis XIV :

L'eau, bien qu'appréciée pour sa beauté dans les jardins et les fontaines de Versailles, n'était pas encore complètement intégrée dans les routines d'hygiène personnelle.

Les médecins de l'époque ont des croyances variées sur l'hygiène. Certains considèrent que trop de bains peuvent être nuisibles à la santé, car ils peuvent "ouvrir les pores" et rendre le corps vulnérable aux maladies. Cette idée a contribué à une certaine réticence à se laver fréquemment. Louis XIV n’aurait pris que quelques bains ! Sa routine d'hygiène impliquait plutôt des nettoyages superficiels avec des lingettes et l'utilisation de parfums pour maintenir une apparence de propreté. Je reviendrai sur l’hygiène ultérieurement.

Au palais de Versailles, Louis XIV a veillé à ce que l'eau soit accessible par le biais de fontaines et d'un approvisionnement en eau courante. Cela marque une avancée par rapport à d'autres résidences royales, où l'eau pouvait être moins accessible. 

  • La santé du peuple :

A l’époque de Louis XIV, presque neuf personnes sur dix habitent dans les campagnes. Ce sont surtout des ouvriers agricoles (qui ne sont pas propriétaires des terres) : seuls quelques fermiers et quelques nobles possèdent la terre. Les conditions de vie des paysans sont difficiles : ils habitent de simples chaumières d’une seule pièce et possèdent peu de choses. Leur nourriture n’est guère variée : du pain et de la soupe de légumes. Les impôts, la sécheresse et les hivers rudes conduisent facilement à la disette.

Les maladies sont fréquentes : la France a été touchée par plusieurs épidémies de peste et d'autres maladies (variole, dysenterie, typhus,…) durant le règne de Louis XIV. La mortalité infantile est importante, l’espérance de vie ne dépassant pas 35 ans.

  • Les hôpitaux :

L'Hôpital Général de Paris pouvait accueillir des milliers de pauvres et de malades. Louis XIV a ordonné la construction de l'Hôtel des Invalides (1670), destiné aux soldats blessés ou âgés. L'hygiène a commencé à être reconnue comme un facteur crucial pour la santé publique, bien que les pratiques d'hygiène personnelle et publique soient encore rudimentaires comparativement aux normes modernes.

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